1875

L'Impératrice d'Autriche à Sassetôt le mauconduit

(d'aprés "La Chronique de nos jours" d'Ernest Daudet)

En cette année 1875, les médecins de la cour d'Autriche consultés sur la santé de l'Impératrice avaient conseillé un séjour au bord de la mer sous un climat tempéré, en France de préférence, et autant que possible dans un pays frais et boisé. Il parait que la Normandie réunissait ces conditions et le Consul autrichien à Fécamp fut chargé de trouver une installation pour sa souveraine. A peu de jours de là, il proposait de louer pour elle le château de Sassetôt le Mauconduit. On l'autorisa à signer le bail...

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Le village domine des bois qui descendent vers la mer. Du sommet sur lequel s'élève le château, on découvre à travers les arbres l'immensité des flots et le hameau des Petites Dalles construit sur leurs bords. Le château, vaste bâtiment en briques date des premières années du siècle (1805 environ). il fut construit par le Marquis de Martainville, pair de France sous la Restauration. En 1875 son petit fils le Marquis de Bois Hébert le vendit à un armateur du Havre Monsieur Albert Perquer qui le loua pour l'Impératrice.

Elle y arriva le 31 juillet 1875 avec sa fille, la petite Archiduchesse Valérie qui avait 8 ou 9 ans, et une suite d'environ 60 personnes. Le lendemain, elle descendait aux Petites-Dalles où elle devait prendre les bains de mer qu'on lui avait ordonnés...

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Ce petit pays n'était pas encore ce qu'il est devenu depuis. On y trouvait plus de chaumières que de villas, et sa population très peu nombreuse, se composait surtout de pêcheurs. Cependant quelques parisiens venaient déja y passer la saison.

Ernest Daudet arriva sur la plage où les curieux se pressaient. Il vit l'Impératrice sortir de l'eau, svelte et rieuse (elle avait alors 39 ans), marcher un moment pieds nus sur les galets au bras de la femme du maître baigneur, et disparaître sous un couloir en toile qu'on avait dressé entre l'eau et la cabine qu'elle gagnait ainsi sans être poursuivie par les regards indiscrets. Durant son séjour de 2 mois elle prit ainsi 32 bains qu'elle paya d'ailleurs royalement trois mille francs.

Elle faisait de fréquentes promenades en mer, quelquefois sur un yacht mis à sa disposition par un riche rouennais, mais le plus souvent dans une petite barque , et seule avec le fils du maître baigneur, un garçon de 14 ou 15 ans, auquel elle se confiait préférablement à tout autre pilote. Autant qu'elle le pouvait, elle supprimait les formalités de l'étiquette; longues promenades à cheval, toujours seule, au grand désespoir des fonctionnaires de sa cour que l'Empereur avait rendu responsable de sa sûreté.

...Un jour, on la retrouva dans un champs où l'on était en train de traîre les vaches, faisant la causette avec la servante de la ferme, buvant à même le seau rempli de lait.

...Une autre fois, perdue, elle demanda son chemin à un vieux prêtre.

L'accident - Le 18 septembre, l'Impératrice fut désarçonnée dans le Parc, et sa chute paraissait grave. L'évanouissement se prolongeant, on fut obligé de télégraphier à l'Empereur; on en fut quitte pour la peur. L'Empereur est-il venu la voir? Cela n'a jamais été tiré au clair. S'il est venu, c'est dans un strict incognito. Le gouvernement français l'a toujours ignoré.

L'Impératrice quitta Sassetôt le 30 septembre, trés généreuse pour tous, laissant un trés bon souvenir. Le Maître Baigneur Delahaye Benoni se noya l'année suivante en portant secours à un nageur en péril et l'Impératrice s'iscrivit pour une somme importante en tête de la souscription ouverte au profit de la famille.

Henri Wallon était en 1875 Ministre de l'Education, des Beaux-Arts et des Cultes. Il devait faire une démarche auprès de l'Impératrice. Il emprunta la calèche de Monsieur Crosnier, et se rendit au château de Sassetôt où il déposa sa carte.

 

 

LES BAINS DE MERS

 

En 1877 Marie Guibert écrit "mes frères sont tout à fait lancés. Bon Papa est très content de leur manière de nager."

Henri Wallon avait une passion pour les bains de mer qu'il continua jusqu'à un age avancé. Il donna ce goût autant qu'il le pouvait à ses enfants et petits-enfants. Il ne manquait pas d'assister de la plage aux joyeux ébâts de tous, et lorsqu'il ne descendit plus sur la plage, à cause des galets, il restait assis sur la terrasse, et suivait avec une longue vue les acrobaties de ses petits-enfants dans l'eau.

 

 

1878

Le Sauvetage

 

D'Après une notice de Clément Deltour sur Henri Wallon: "La France contemporaine" Tome III édité chez Deltour, 173 boulevard Murat Paris 16°.

 

Henri Wallon travaillait trés tôt le matin à l'Histoire du Tribunal Rèvolutionnaire. Le 20 septembre, le vent avait soufflé en tempête. Il s'était calmé la nuit; le matin, la mer était houleuse encore, mais abordable; on ne se doutait pas du danger qu'elle recélait.

Vers les 8 heures, à la marée descendante, deux jeunes filles d'une maison voisine voulurent aller au bain avec leur père (1) et un hôte de la famille. Le père qui n'était pas nageur, ne dépassa pas les premières vagues, mais les trois autres, allant plus loin, furent saisis par un courant violent. Ils poussèrent des cris de détresse. Monsieur Wallon qui était dans son cabinet (2), travaillant, avait entendu les cris. Il saisit une bouée de sauvetage, courut à la mer et s'y jeta. Son plus jeune fils (3), élève sortant de l'Ecole Normale, l'ayant appris, se hâta de le suivre.

Les cris avaient cessé. Monsieur Wallon arrivé le premier, trouva l'aînée des jeunes filles, éperdue, péniblement soutenue par son compagnon. La bouée qu'elle reçut lui permettait de se tenir seule sur l'eau et sauvait, en même temps, l'homme dévoué qui allait périr avec elle. Le jeune normalien avait rejoint l'autre soeur et lui rendait confiance, nageant à ses côtés, prêt à lui venir en aide au besoin. Mais rien n'était fini pour eux tous. Vainement s'efforçaient-ils de gagner le rivage qui fuyait devant eux, ils étaient emportés en pleine mer.

La plage alors était couverte de monde. Trois anciens marins (4) mirent une barque à l'eau, puis la ramenèrent, ne la jugeant point assez grande, et en reprirent enfin une autre avec laquelle ils repêchèrent (5), l'un aprés l'autre, les cinq malheureux nageurs, Monsieur Wallon le dernier. Pour ménager ses forces, il n'était plus jeune (6), il s'était mis plusieurs fois sur le dos, ce qui l'avait tenu plus en arrière, ou pour mieux dire, laissé aller plus avant vers la haute mer. Quand il reprit pied, entouré par les siens, il dit: "J'ai cru que mon Tribunal Rèvolutionnaire n'irait pas jusqu'au 9 thermidor" (7).

Les journaux en parlèrent, le gouvernement fit une enquête. Des médailles furent décernées aux deux sauveteurs qui avaient exposé volontairement leur vie: l'une d'or au père, l'autre d'argent au fils.

(1) Monsieur Bayard

(2) Cabinet donnant sur la terrasse du rez de chaussée, côté route

(3) Etienne Wallon

(4) Dont le Père Sène

(5) Au delà des Câtelets

(6) IL avait alors presque 66 ans

(7) Le sauvetage avait duré presque trois quarts d'heure

 

 

Lettre de Laure Wallon et Adèle Guibert à Jeanne Petit:

 

Notre père a repris, 1 heure après, son travail et entend ne rien changer à ses projets de la journée, une bonne promenade dans les fonds de Briquedalles leur a fait beaucoup de bien.

Le lendemain Henri Wallon a tenu à jeûner, puis à travailler jusqu'au bain qu'il compte prendre avec son fils Henri. Les baigneurs sauvés étaient Monsieur Bayard, professeur d'allemand au lycée Rollin, ses deux filles dont l'une deviendra Madame Grandjean (morte en 1939) et un pasteur protestant ami. Ils restèrent très liés avec la famille Wallon. Ils firent construire aux Petites-Dalles un chalet, les Syrénuses.

 

 

Récit du sauvetage raconté par Henri Wallon lui même, dans une lettre à son fils Paul.

 

Petites-Dalles 23 septembre 1878

Mon cher Paul,

Tu as du trouver, en arrivant à Paris, la lettre d'Adèle répondant à l'avance à la demande que tu faisais par le télégraphe à Henri de te donner des nouvelles pour achever de te rassurer. C'est pour cela qu'Henri, qui part tout-à-l'heure pour Rouen, ne t'a pas écrit hier. Mais je veux te dire moi-même aujourd'hui combien je suis touché du témoignage de ton affection et de celui qu'y joint Sophie. Henri t'aura dit les détails de cet événement qui a failli être tragique et une note adressée à un journal par Monsieur Daudet, note reproduite par divers journaux et qui te sera peut-être tombée sous les yeux t'aura fait connaître à peu près comme il s'est passé.

Je m'étais mis au travail vendredi vers les 7 heures quand peu après je vis de mon fauteuil notre voisin Monsieur Bayard (professeur au collège Rollin) et ses deux filles, accompagnées de Monsieur Weber, ministre protestant, traverser la plage pour se baigner. La mer avait été très grosse dans ces derniers jours; elle était encore assez mauvaise, elle baissait et ses vagues se brisaient à la limite des galets. Il pleuvait et je me disais: il faut avoir du courage pour se baigner à cette heure par ce temps là! mais ils en avaient assez l'habitude. Quelques instants après j'entends des cris prolongés. Je me lève et j'aperçois d'abord sur la vieille terrasse qui domine la mienne, la mère Senne accourant et faisant des gestes d'effroi. Je sors et je rencontre à la porte Mariette, qui me dit: Monsieur accourez vite, ces gens là sont en péril!

Tu sais qu'en prenant possession de cette maison sur la mer, j'avais eu la pensée que quelques appareils de sauvetage pourraient être utiles et que j'avais acheté à la Société présidée par l'amiral la Bonière le Nourg une ceinture formée de plaques de liège et une petite bouée. Ils étaient au grenier depuis l'an dernier j'avais négligé de les descendre. Je dis à Mariette d'aller vite me les chercher, et pendant ce temps je gagnai le bord, laissant là ta Maman et Marguerite qui étaient descendues tout effarée. Mariette arriva avec la petite bouée qu'on lui avait jetée par la fenêtre. Et la ceinture, lui dis-je, c'est cela surtout qu'il faudrait. Elle repartit, mais les cris lugubres se répétaient. Il n'y avait pas à attendre. Je m'en allai donc, emportant la petite bouée et je trouvai à l'entrée de l'eau la fille de Senne une gaffe à la main; elle avait la figure toute décomposée d'émotion. Je lui dis de retourner, qu'elle ne pourrait rien faire (les baigneurs étaient à 50 mètres de là). Elle resta pourtant à tout hasard. Continuant de marcher avec de l'eau à mi-corps je vis Etienne qui me suivait. Etienne qui était encore couché, réveillé par le bruit, avait passé un pantalon à la hâte et venait me rejoindre.

La terre me manquant bientôt, je fus quelque temps sans rien voir, tant les lames étaient hautes. Les cris avaient cessés; je me dirigeai au juger quand me trouvant une fois au haut d'une vague, j'aperçus deux des personnes en péril dans le creux correspondant: c'était une des deux jeunes filles et Monsieur Weber. Je leur criai, nous voilà! rassurez-vous.

La jeune fille était étendue sur le dos et comme sans mouvement. Monsieur Weber nageait auprès d'elle, la soutenant et la dirigeant dans cette position comme il pouvait. Il avait lui-même la pâleur de la mort sur la figure et néanmoins il luttait toujours. Je leur laissai la bouée à laquelle s'accrocha la jeune fille et alors Monsieur Weber put se remettre à nager pour son propre compte. Peu après il en fut séparé comme je fus séparé d'eux par je ne sais quel caprice du courant et des vagues: toujours est-il que pendant une demi-heure que j'eus encore à nager, je ne vis plus ni eux, ni Etienne, ni la soeur, ni le père.

La plage, qui était presque déserte à mon départ, me paraissait alors contenir un certain nombre de personnes. Je me disais: la première chose à faire serait pourtant de mettre une barque à la mer! C'est aussi ce que le père Senne avait pensé. Il avait voulu mettre à flot la petite barque de David, mais il ne trouvait personne pour y monter avec lui; et quand en effet après bien des efforts il eut mis la barque à l'eau il dut revenir trouvant la mer trop forte pour cette embarcation.

Juge ce que devaient éprouver ta maman et tes soeurs, ta soeur Adèle et ses enfants en le voyant renoncer à la seule tentative qui put nous sauver: car on n'apercevait plus sur la mer que quelques têtes, s'éloignant plutôt que se rapprochant du rivage.

Cependant le père Senne n'était revenu que pour reprendre l'opération avec sa grande barque. Plusieurs des gens qui étaient venus du village l'aidèrent à la mettre à flot et trois y montèrent avec lui. De ce moment nous étions sauvés.

Monsieur Bayard père avait réussi (il ne sait trop comment car il avait la tête perdue) à se sauver tout seul. Probablement il était moins entré dans le courant ou bien il avait été porté à un endroit où il avait trouvé pied et à ce moment il avait pu revenir ne sachant plus où il en était.

La barque recueillit d'abord la jeune fille à qui j'avais remis la bouée: elle serrait la corde d'une main crispée et était presque sans connaissance; puis l'autre jeune fille qui avait continué de nager et Etienne qui l'avait rejointe et nageait auprès d'elle servait au moins à lui rendre confiance en lui ôtant la peur de l'isolement; puis Monsieur Weber que j'avais trouvé si affaibli déja, tout grand et fort qu'il était, et qui se sentait tout à fait épuisé; puis enfin moi qui me trouvais le plus éloigné et qui tout naturellement avec Etienne étais le moins affaibli. Si l'on n'avait pas eu ces vagues nous frappant, selon qu'on était sur le dos ou sur le ventre, la nuque ou la figure avec l'inévitable régularité du balancier, on ne se serait pas fatigué pour être une demi heure ou trois quarts d'heure à l'eau; mais je me trouvais de plus fort alourdi, ayant tous mes vêtements, moins mon habit et mes pantoufles.

Tu comprends avec quelle joie et quelle émotions nous avons été reçus au rivage. Henri n'y était arrivé que quand la barque était déja partie. Il pleurait de n'avoir pas été averti et de n'avoir pu faire comme Etienne; mais c'est une bénédiction. Il n'aurait pas manqué d'être entrainé comme nous tous par ce grand courant des mers descendantes après les tempêtes, et juge de ce que serait devenu sa femme le voyant ainsi filer au large: elle en serait devenue folle.

Etienne et moi après nous être rhabillés (de plus après avoir changé de costume) et réchauffés un peu auprès d'un grand feu, nous nous mîmes par deux fois à arpenter le village dans toute sa longueur afin de nous remettre en équilibre et il n'en a plus rien été.

Chez Monsieur Bayard non plus il n'y eut aucune suite fâcheuse. Le soir la jeune fille à la bouée était déja fraiche comme d'ordinaire. Le plus éprouvé a été Monsieur Weber qui avait montré pour elle tant de dévouement (et il parait qu'elle est sa fiancée). Il a été toute la journée malade. Mais le lendemain il était sur pied et le matin comme il revenait me voir et que je le félicitais sur la résolution qu'il avait montrée en sentant ses forces s'épuiser sans quitter cette pauvre jeune fille, il me dit avec une grande simplicité que la pensée ne lui en était seulement pas venue.

P.S. Envoie ma lettre à Jeanne et à Valentine, car je ne veux pas refaire ce récit.

 

 

1878

LA TOUR FIQUET

 

 

Construite pendant l'hiver 1877-1878 par l'entrepreneur de ce nom sur un terrain lui appartenant (angle de la route et de la plage vers l'ouest), elle sera vendu à Monsieur Végiers en 1911.

"C'est une espèce de petite tour qui fait un singulier effet au milieu des autres maisons. On y a mis un balcon qui ne fait pas du tout bien. Cette tour a une chambre à chaque étage. Elle est déjà louée pour 1200 Francs pour l'année prochaine."

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(lettre de Marguerite Wallon, plus tard Madame Rabut.)

Jules Verne y habitera.

Cette tour, ainsi que l'établissement de bains chauds qui l'entourait, sera démolie par les allemands entre 1940 et 1944.

 

 

1881

Villa l'Epine

 

En 1881, Henri Wallon fit construire, sur l'emplacement de la maison basse qui se trouvait dans son jardin, une villa (aujourd'hui "l'Epine") pour sa fille Adèle Guibert. La tourelle surélevée de l'escalier et un étage de plus furent construits après l'incendie de 1904. Démolie pendant la guerre 1940-1944, il ne restait plus que les murs et l'escalier, elle fut reconstruite en 1946 et 47.